Location saisonnière : la réglementation passée au crible pour 2026

Louer son appartement sur Airbnb ou son studio en bord de mer à la semaine, c’est devenu un réflexe. Sauf que le cadre légal a pris un sérieux coup de vis depuis la loi Le Meur du 19 novembre 2024. Numéro d’enregistrement généralisé, DPE exigé, plafonds fiscaux rabotés, communes qui durcissent les quotas… on fait le tour de ce que la réglementation impose aujourd’hui, et de ce qui va bouger en mai 2026.
Location saisonnière : la réglementation de base aujourd’hui en France
Le Code du tourisme définit la location saisonnière comme la mise à disposition d’un logement meublé à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile. Villas, appartements, studios, gîtes ruraux : tous entrent dans la catégorie dès lors que le séjour se compte en jours, en semaines ou en mois, et que le locataire garde son domicile ailleurs.
Quelques critères matériels à retenir : le bien doit faire au moins 9 m² pour un volume minimum de 20 m³, et il doit contenir une liste d’équipements imposés par la loi (literie, plaques de cuisson, vaisselle, réfrigérateur, four ou micro-ondes, rangements, luminaires, etc.). Le même locataire ne peut pas rester plus de 90 jours consécutifs, sinon on bascule hors du cadre saisonnier.
Depuis 2024, c’est la loi Le Meur qui sert de colonne vertébrale. Elle vient compléter la loi Alur de 2014 et le Code du tourisme. Trois grands chantiers : généraliser la déclaration des meublés de tourisme, donner aux maires plus d’outils pour freiner la pression touristique, et rapprocher la fiscalité saisonnière de celle de la location longue durée. Le reste de cet article décline ces trois axes cas par cas.
Résidence principale : 120 jours maximum, parfois 90
Votre résidence principale, c’est le logement où vous vivez au moins 8 mois par an. Vous pouvez la mettre en location courte durée quand vous partez en week-end, en vacances ou en déplacement. Mais pas n’importe comment.
La règle nationale plafonne la location à 120 jours par an. Au-delà, on considère que le bien n’est plus une résidence principale et vous tombez dans le régime des résidences secondaires, avec toutes les obligations qui vont avec.
Et depuis la loi Le Meur, les communes peuvent descendre ce plafond à 90 jours. Paris et Marseille l’ont déjà fait. Lyon et Bordeaux ont annoncé leur intention de suivre. Avant de mettre une annonce en ligne, un passage par le site de votre mairie s’impose… parce qu’une commune peut voter ce changement d’une année sur l’autre.
Cas particulier qui sauve pas mal de propriétaires : si vous louez une chambre chez vous alors que vous continuez à occuper le logement (location de chambre chez l’habitant), aucune limite de jours ne s’applique. Logique, vous êtes toujours là.
À retenir : même pour une résidence principale, il faut pouvoir prouver que c’est bien votre domicile principal (avis d’imposition, factures, attestation d’assurance habitation). Les contrôles se multiplient depuis 2025, surtout dans les grandes villes touristiques.
Résidence secondaire : la déclaration s’impose
Pour une résidence secondaire (tout logement que vous occupez moins de 8 mois par an), il n’y a pas de plafond annuel. Vous pouvez louer 10 jours comme 300 jours. Mais la réglementation vous demande de passer par plusieurs étapes avant la première réservation.
Déclaration préalable en mairie. Elle se fait via le formulaire Cerfa 14004, disponible en ligne et télétransmissible directement à la plupart des communes. Vous recevez en retour un numéro de déclaration que vous devez afficher sur vos annonces (Airbnb, Booking, Abritel, site perso). Sans ce numéro, la plateforme bloque l’annonce depuis 2025.
Autorisation de changement d’usage. Obligatoire dans :
- Paris et la petite couronne
- les villes de plus de 200 000 habitants
- les villes de plus de 50 000 habitants en zone tendue
Concrètement, vous demandez à la mairie l’autorisation de transformer un logement d’habitation en meublé touristique. Certaines communes imposent un principe de compensation : pour chaque mètre carré transformé en meublé de tourisme, il faut acheter un local commercial de même surface et le convertir en habitation. À Paris, cette mesure a fait chuter de 40% le nombre d’annonces Airbnb en dix ans.
Pour optimiser votre investissement locatif, pensez également à consulter notre guide sur les travaux déductibles des impôts.
Le numéro d’enregistrement, nouvelle pierre angulaire
C’est la grande nouveauté qui se met en place d’ici le 20 mai 2026. Un téléservice national unique permettra à tous les loueurs de s’enregistrer via une seule procédure, que leur commune applique ou non le changement d’usage.
Cette réforme s’inscrit dans un contexte plus large d’évolution du marché immobilier, notamment concernant les taux immobiliers en 2026 qui impacteront aussi les investissements locatifs.
Aujourd’hui, la situation est inégale :
| Type de commune | Obligation actuelle |
|---|---|
| Commune sans réglementation spécifique, résidence principale | Aucune déclaration |
| Commune sans réglementation spécifique, résidence secondaire | Déclaration simple (Cerfa 14004) |
| Commune avec changement d’usage, résidence principale | Déclaration + numéro d’enregistrement |
| Commune avec changement d’usage, résidence secondaire | Déclaration + autorisation + numéro |
À partir de mai 2026, tout le monde passe par le téléservice national. Le numéro devient obligatoire partout, y compris pour une résidence principale louée dix nuits dans l’année. Les communes qui avaient déjà leur propre système (Paris, Nice, Annecy, La Rochelle, etc.) basculeront vers la plateforme commune.
Le loueur doit également signaler le commencement de son activité auprès du guichet unique dans les 15 jours qui suivent la première mise en location. Cette formalité est distincte de l’enregistrement en mairie : elle permet d’obtenir un numéro SIRET pour déclarer les revenus locatifs.
DPE et location saisonnière : les seuils à respecter
Le diagnostic de performance énergétique rentre dans le jeu. Jusqu’en 2024, il n’était pas exigé pour un meublé de tourisme. Depuis la loi Le Meur, deux règles s’appliquent.
Règle 1 : pour les nouvelles autorisations de changement d’usage depuis novembre 2024, le DPE doit afficher au minimum la note E. Un bien classé F ou G ne peut plus obtenir d’autorisation, sauf cas particuliers de rénovation programmée. Cette règle touche surtout Paris, Lyon, Bordeaux et les grandes zones tendues.
Règle 2 : au 1er janvier 2034, tous les meublés de tourisme devront atteindre la note D minimum, alignés sur les exigences de la location longue durée. Huit ans pour rénover, ça laisse le temps… mais les travaux d’isolation et de chauffage ont un coût à anticiper.
Louer un bien classé F après 2034 exposera à une amende de 5 000 euros maximum. Et les plateformes pourront refuser la mise en ligne si le DPE n’est pas conforme. Un propriétaire de studio à Chamonix nous racontait début 2026 avoir fait poser une pompe à chaleur air-air à 4 800 euros pour passer de F à E : investissement compensé par 3 mois de location supplémentaires.
Copropriété : le règlement peut bloquer toute location saisonnière
Avant de publier la moindre annonce, relisez le règlement de votre copropriété. Un règlement qui interdit « toute activité commerciale » peut suffire à faire tomber la location saisonnière, jugée commerciale par les tribunaux.
La loi Le Meur a ajouté un outil pour les copropriétés. Quand le règlement interdit déjà « toute activité commerciale dans les lots qui ne sont pas spécifiquement à destination commerciale », l’assemblée générale peut voter l’interdiction de la location courte durée à la majorité des 2/3 des voix, au lieu de l’unanimité jusqu’alors. Pour les autres copropriétés, l’unanimité reste la règle.
Deux précisions utiles :
- La résidence principale louée occasionnellement quand l’occupant est absent n’est pas concernée par un tel vote.
- Le syndic doit obligatoirement être informé de l’activité. Ne pas prévenir, c’est s’exposer à un contentieux et potentiellement à une injonction de cesser l’activité.
Des copropriétés bourgeoises du 16e à Paris ou du centre de Nice ont déjà voté l’interdiction en 2025. Avant d’acheter un bien pour le louer en meublé touristique, demander le règlement de copropriété et les procès-verbaux des trois dernières AG, c’est le minimum.
Fiscalité de la location saisonnière : les abattements ont fondu
C’est probablement le point qui a fait le plus grincer des dents. Depuis les revenus 2025, le régime micro-BIC a été sérieusement raboté pour les meublés de tourisme.
Meublés non classés
| Paramètre | Avant 2025 | Depuis 2025 |
|---|---|---|
| Plafond micro-BIC | 77 700 € | 15 000 € |
| Abattement forfaitaire | 50 % | 30 % |
Concrètement, si vous louez un appartement non classé qui génère 20 000 euros de recettes annuelles, vous basculez automatiquement au régime réel. Et même sous 15 000 euros, vous ne bénéficiez plus que d’un abattement de 30% contre 50% auparavant.
Meublés classés
| Paramètre | Avant 2025 | Depuis 2025 |
|---|---|---|
| Plafond micro-BIC | 188 700 € | 77 700 € |
| Abattement forfaitaire | 71 % | 50 % |
Le classement en meublé de tourisme (1 à 5 étoiles, délivré par un organisme accrédité Cofrac pour environ 200 euros) reste donc intéressant. Un classement 3 étoiles double pratiquement votre plafond micro-BIC et vous fait gagner 20 points d’abattement.
Passer au régime réel, souvent plus rentable
Avec la baisse des abattements, beaucoup de loueurs ont intérêt à opter pour le régime réel. Il permet de déduire les charges réelles (intérêts d’emprunt, taxe foncière, assurance, frais de gestion, travaux) et de pratiquer l’amortissement du bien et du mobilier. Sur un appartement parisien acheté 300 000 euros, l’amortissement annuel peut dépasser 7 000 euros… de quoi annuler fiscalement une bonne partie des revenus locatifs.
Le régime réel impose une comptabilité plus lourde (bilan, compte de résultat, liasse fiscale 2031). Comptez 300 à 600 euros par an pour un comptable en ligne spécialisé LMNP.
Taxe de séjour : qui paie, qui collecte
La taxe de séjour est due par le voyageur, mais c’est au loueur de la collecter puis de la reverser à la commune (ou à la plateforme qui la collecte pour le compte du loueur).
Deux modes de calcul au choix de la commune :
- Au réel : entre 0,20 € et 4 € par personne et par nuit, selon le type d’hébergement.
- Au forfait : calcul basé sur la capacité d’accueil, avec un coefficient d’occupation.
Les plateformes comme Airbnb, Booking et Abritel reversent automatiquement la taxe aux communes depuis 2019 dans la plupart des cas. Si vous louez en direct, la collecte et le reversement vous incombent, avec déclaration trimestrielle ou annuelle selon la commune.
Une taxe de séjour oubliée, c’est une mise en demeure, puis une amende administrative qui peut atteindre 2 500 euros par infraction. Le site taxesejour.impots.gouv.fr donne le montant applicable dans chaque commune.
Sanctions et amendes : le coût d’un manquement
La loi Le Meur a musclé le barème. Les maires disposent maintenant d’un arsenal dissuasif :
- 5 000 euros : non-déclaration de l’activité de meublé de tourisme.
- 10 000 euros : non-enregistrement d’une résidence principale louée en meublé touristique, ou dépassement des 120 nuits par an pour une résidence principale.
- 15 000 euros : dépassement du plafond de 90 jours dans les communes qui l’ont abaissé (Paris, Marseille, etc.).
- 20 000 euros : utilisation d’un faux numéro d’enregistrement ou fausse déclaration (fausse résidence principale par exemple).
- 50 000 euros : location sans autorisation de changement d’usage dans les communes qui l’imposent. Cette amende peut être prononcée par le tribunal judiciaire sur saisine de la mairie.
Et ce n’est pas qu’une menace théorique. La ville de Paris a prononcé pour plus de 7 millions d’euros d’amendes en 2024 contre des loueurs Airbnb non déclarés. Marseille et Nice ont suivi le mouvement. Les plateformes transmettent désormais automatiquement aux mairies la liste des annonces actives avec leur numéro d’enregistrement… ou son absence.
Zones tendues et quotas : savoir si sa commune est concernée
La loi Le Meur permet aux communes de délimiter des zones dans lesquelles seules les résidences principales peuvent être construites, et d’imposer des quotas de meublés touristiques.
Les quotas sont votés lors du plan local d’urbanisme (PLU) ou par délibération du conseil municipal. Ils peuvent être très localisés : tout le centre-ville, certains quartiers, voire un seul îlot urbain. Avant d’acheter un bien destiné à la location courte durée, la consultation du PLU et des délibérations récentes est vitale.
La liste des communes en zone tendue est publiée par décret (dernière mise à jour décembre 2024). Plus de 3 500 communes sont concernées, dont la quasi-totalité du littoral méditerranéen et atlantique, les stations de ski, et les grandes agglomérations.
Un cas pratique pour mesurer l’impact : un studio acheté 120 000 euros à Arcachon en 2023 pouvait être loué en saisonnier sans autre formalité qu’une déclaration simple. Depuis le vote du PLU local en septembre 2025, le même studio nécessite une autorisation de changement d’usage, soumise à compensation (achat d’un local commercial équivalent à transformer en habitation). Le projet devient souvent irréalisable économiquement.
FAQ : questions fréquentes sur la réglementation de la location saisonnière
Faut-il un numéro d’enregistrement pour louer sa résidence principale ?
Aujourd’hui, cela dépend de la commune. Dans les villes qui ont mis en place la procédure (Paris, Lyon, Nice, etc.), oui. Dans les autres, la déclaration n’est pas exigée. À partir du 20 mai 2026, le numéro d’enregistrement deviendra obligatoire partout en France via le téléservice national, y compris pour une résidence principale louée quelques nuits dans l’année.
Quelle est la durée maximum pour louer sa résidence principale en saisonnier ?
La règle nationale fixe le plafond à 120 jours par an. Les communes peuvent le ramener à 90 jours, ce qu’ont déjà fait Paris et Marseille. Au-delà, on bascule dans le régime des résidences secondaires, avec déclaration obligatoire et, selon la commune, autorisation de changement d’usage.
Puis-je louer mon Airbnb toute l’année ?
Oui, si le bien est une résidence secondaire et que la commune n’impose pas de quotas ou d’interdiction. Dans les zones tendues ou les communes ayant voté des restrictions, ça devient compliqué, avec autorisation de changement d’usage et parfois compensation.
Combien rapporte la location saisonnière après impôts ?
Ça dépend du régime fiscal. Au micro-BIC avec un meublé non classé, l’abattement n’est plus que de 30% : sur 10 000 euros de recettes, 7 000 euros sont imposés selon votre tranche marginale, plus 17,2% de prélèvements sociaux. Au régime réel, l’amortissement et les charges peuvent ramener le revenu imposable à zéro ou presque, sous réserve d’une vraie comptabilité.
Qui paie la taxe de séjour en location saisonnière ?
Le voyageur la paie, mais c’est le loueur qui la collecte et la reverse à la commune. Sur Airbnb et Booking, la plateforme s’en charge automatiquement pour la plupart des communes. En location directe, vous devez faire la déclaration trimestrielle ou annuelle selon votre commune.
Mon règlement de copropriété peut-il interdire la location saisonnière ?
Oui, s’il contient une clause interdisant « toute activité commerciale » ou mentionnant explicitement l’interdiction de la location meublée de courte durée. Même sans clause explicite, l’assemblée générale peut voter l’interdiction : à l’unanimité dans le cas général, aux deux tiers des voix si le règlement interdit déjà l’activité commerciale hors lots spécifiques.
Que risque un propriétaire qui ne déclare pas son meublé de tourisme ?
Entre 5 000 et 20 000 euros d’amende selon l’infraction. Non-déclaration : 5 000 euros. Non-enregistrement ou dépassement des 120 nuits : 10 000 euros. Dépassement des 90 nuits dans les communes concernées : 15 000 euros. Faux numéro ou fausse déclaration de résidence principale : 20 000 euros. Les contrôles se sont intensifiés depuis 2025, avec transmission automatique des données par les plateformes.
Le DPE est-il obligatoire pour une location saisonnière en 2026 ?
Pour les nouvelles demandes d’autorisation de changement d’usage, oui, avec une note minimale E. Pour les biens déjà loués, l’obligation de note D minimum s’applique au 1er janvier 2034. En attendant, un DPE reste utile : il sert d’argument commercial et rassure les locataires sur les charges d’énergie.
Après ce tour d’horizon, un constat : la marge de manœuvre s’est vraiment resserrée en deux ans. Entre le numéro d’enregistrement qui se généralise, les plafonds fiscaux divisés par cinq et les communes qui verrouillent leurs centres-villes, mettre un bien en location saisonnière demande désormais une vraie préparation. Le bon réflexe, avant même d’acheter un bien destiné à ce mode d’exploitation : appeler le service urbanisme de la commune, consulter le PLU et lire le règlement de copropriété. Ça prend une demi-journée, ça évite des années de contentieux. Le micro-BIC classé reste un régime correct à condition de faire classer son meublé, ce qui coûte 200 euros et change complètement la donne fiscale. Pour les investisseurs qui visent un rendement durable, le régime réel avec amortissement tient souvent le choc mieux que les anciennes recettes… à condition de s’entourer d’un comptable spécialisé LMNP.







